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Timber Timbre en pleine noirceur synthétique

Quatrième album disponible sous nos cieux de l’entité canadienne, «Sincerely, Future Pollution» charrie encore les angoisses du chanteur Taylor Kirk, mais au cœur d’ambiances pleines de synthétiseurs.

 

(crédit photo: City Slang)

«Sewer Blues», un «blues des égouts» en guise de préambule. Quelques semaines avant Sincerely, Future Pollution (City Slang), quatrième album de Timber Timbre disponible sous nos cieux (sixième en réalité), une partition aussi lancinante que trouble annonce l’humeur sombre du Canadien Taylor Kirk. Le chanteur et guitariste angoissé y distille à nouveau son vibrato grave sur quelques synthétiseurs tour à tour inquiétants et étoilés. Mais un chant qui semble cette fois émaner des profondeurs terrestres, à l’image de la noirceur et du chaos d’une époque rebutante où les égouts débordent symboliquement de toutes parts.

Moins chaleureuses et douces qu’à l’accoutumée, les tonalités de Sincerely, Future Pollution s’avèrent plus froides, brutes, métalliques et futuristes. Après la folk-soul déchirante d’un premier album éponyme en 2010, suivi en 2011 de la pop hantée de Creep On Creepin’ puis du folk-rock intensément alangui de Hot Dreams en 2014, ce Timber Timbre qui avait enregistré ses premières chansons en 2006 déjà (Cedar Shakes) dans une cabane de bûcheron pour capter le «timbre du bois» livre donc un répertoire moins fiévreux, sensuel et nostalgique. Une americana sans doute davantage en phase avec la mélancolie urbaine contemporaine que peut suggérer la pochette de l’album figurant les contrastes des fenêtres éclairées et éteintes de gratte-ciel au cœur de la nuit.

 

 

Onirisme gothique

Toujours cinématographiques et vénéneuses toutefois, les compositions de Taylor Kirk enjolivées aux studios parisiens de La Frette par Mathieu Charbonneau et Simon Trottier se révèlent cette fois plus argentiques que chromatiques. La faute ou grâce à une plus grande liberté de mise en forme des chansons laissée aux musiciens, comme l’explique Taylor Kirk dans la cordiale présentation biographique du disque: «Mes esquisses solitaires ont été laissées à un stade bien plus embryonnaire que dans le passé. Pour les albums précédents, je décidais de comment ça allait sonner. J’avais déjà en tête les arrangements au moment même de composer les chansons. Même jusqu’à des détails un peu bizarres. J’avais toujours une idée qui était plus ou moins réalisable. Ce nouvel album se concentre bien moins sur cet aspect-là, mais s’est révélé bien plus complexe. C’était compliqué, voire un vrai challenge tout au long de sa conception, chaque détail me semblant presque contre-intuitif.»

L’omniprésence des synthétiseurs n’est pas étrangère à ce léger changement de cap atmosphérique au fil de neuf titres à l’onirisme plus gothique que lumineux où affleure même çà et là un vocoder («Bleu Nuit»), façon Daft Punk plutôt que Kanye West, et des accents funks robotiques («Grifting»). Nappant d’étrangetés et de réverbérations des chansons aux mélodies et constructions classiques, Timber Timbre conjugue encore la dimension contemplative de Talking Heads et le glam rock parfois plein de désolation de Roxy Music.

 

 

Mélancolie sensuelle

Si les grands espaces et les moiteurs langoureuses de Hot Dreams ont disparu pour laisser place à des mystères plus urbains et glacés, voire crépusculaires, certaines balades n’en restent pas moins divinement hantées («Velvet Gloves & Spit», «Moment», «Sewer Blues», «Floating Cathedral») grâce aux sortilèges vocaux d’un Kirk qui a dû écouter tant Leonard Cohen que Lou Reed, Jim Morrison que Nick Cave ou Jeff Buckley. Alors que les deux instrumentaux que sont «Skin Tone» et «Sincerely, Future Pollution» ne dépareilleraient par ailleurs pas sur des bandes originales de films de David Lynch. Plus léger, aérien et éclairé, «Western Questions» réactive quant à lui la charge mélancolique sensuelle propre aux albums passés de Timber Timbre.

 

Cet article a aussi été publié dans le quotidien suisse Le Temps du 8 avril 2017.

 

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