Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Balthazar, nouveau Roi mage de la pop belge

 

Le quintet flamand actuellement en tournée s'est profilé en cinq ans comme l'une des perles de la scène belge. Thin Wall, leur troisième album, affiche d'obsédants climats nocturnes.

(Photo Balthazar © Antoncoene Milaan)

 

 

Thin Wall. Des mûrs fins pour suggérer l'impudeur, révéler le manque d'intimité. Le titre du troisième album de Balthazar s'est révélé sur la route et figure judicieusement l'esprit déglingué et surréaliste de cette collection de chansons rock anglaises écrites dans le tourbillon d'une tournée, entre hôtels de passage, interminables trajets en bus ou nuits d'ivresse. Une vie à la fois bohème et réglée d'où affleurent des impressions forcément troubles. « C'est une période vraiment chaotique et fébrile. Plus globalement, Thin Wall décrit la manière dont on s'accommode du manque d'espace privé et évoque ces situations d'inconfort répétées où chacun cherche sa place», résume Patricia Vanneste (violon) au bout du fil, alors que les Belges viennent de reprendre la route à Rennes. Avant Rouen, l'Olympia parisien, le festival Antigel à Genève, puis l'Italie, la Russie et les Pays-Bas notamment.

 

De cette promiscuité forcée, les deux compositeurs Maarten Devoldere et Jinte Deprez ont surtout su éviter les clichés de l'existence sur la route en donnant une profondeur de champ aux apparentes futilités que sont gueules de bois, amours furtifs ou pertes de repères. Dans leurs chambres adjacentes aux mûrs peu épais louées dans un vieux monastère à plusieurs reprises durant la tournée, Maarten et Jinte ont pu réciproquement épier le travail de l'autre et développer une complicité nouvelle qui a gagné en homogénéité sans limiter la palette stylistique. Entre nonchalance et exaltation, langueur et ferveur, gravité et allégresse, sobriété et déglingue, le rock mélodique de Balthazar s'avère d'une élégance folle. Portés par la voix charbonneuse de Maarten Devoldere, les climats nocturnes finement orchestrés de Thin Wall exacerbent les sens et se révèlent sombrement obsédants. Les ballades mélancoliques racées font songer autant à celles d'Alex Turner (Arctic Monkeys) qu'aux atmosphères de Timbre Timbre ou Deerhunter. Quand bien même les membres du groupe cultivent des héros musicaux aussi différents que Gainsbourg, Leonard Cohen, Eels ou Nils Frahm.

 

 

La maturité affichée désormais par le groupe flammand originaire de Courtai et qui s'est dessiné sur les bancs d'une école à Gand voilà dix ans aura pourtant mis cinq ans à se dégager. De la pop solaire enjouée d'Applause (2010) que « leurs dieux et parrains belges» dEUS avait emmené en tournée européenne via le rock noir classieux de Rats (2012), Balthazar a ralenti son tempo et injecté une bonne dose de spleen orchestré et de sensualité à son répertoire. Que Patricia, seule femme et wallone de la formation, explique naturellement: « Maarten et Jinte sont assurément devenus plus matures à mon sens. A moment d'Applause, ils étaient étudiants comme moi et étaient réellement insouciants. On s'est rencontrés alors qu'on jouait dans la rue pour glaner quelques pièces. De rivaux de trottoir, on est devenus amis puis membres du même groupe. Ils ne pensaient alors qu'à faire la fête, se foutaient de tout sans souci du lendemain, n'avaient pas encore vécu de désillusions ou de ruptures amoureuses. Leur état d'esprit a changé depuis et l'évolution de notre répertoire a suivi le même chemin».

 

Un souffle neuf que Balthazar a donc paradoxalement trouvé dans le tourbillon scénique de Rats, expérimentant ses nouveaux titres entre soundcheks brefs et chambres d'hôtel blafardes, un bus en guise d'atelier d'écriture. Des chansons vénéneuses engendrées par l'hyperaction et cristallisant pourtant surtout des états brumeux, éminemment mélancoliques et poétiques. Une maturation possible aussi sans doute grâce à une première association avec des producteurs, en l'occurence les Britanniques Ben Hillier (Blur, Depeche Mode, Elbow) et Jason Cox (Gorillaz, Klaxons, Massive Attack), qui insufflent des élans cinématographiques à Thin Wall. Leurs bons soins permettent en tous les cas à Balthazar de jouer désormais dans la cour des grands groupes de la pop belge qui, des TC Matic d'Arno à dEUS et Zita Swoon, via Girls in Hawaii, Venus ou Ghinzu, ont charmé les scènes européennes. Alors Balthazar, nouveau Roi mage de la scène belge ?

Cet article a aussi été publié dans le quotidien suisse Le Temps du 30 janvier 2016.

 

Les commentaires sont fermés.